Sandrine Jacquet, « libérée, délivrée » dès qu’elle a pu jouer au football

Sandrine Jacquet, coache de l'équipe féminine du Bourges 18. © Guillaume BLANC

ieux connaître les acteurs du sport dans le département en leur posant, à tous, les huit mêmes questions. Tel est l’objectif de notre nouvelle rubrique « le sport et moi ». Aujourd’hui, place à Sandrine Jacquet, coache des footballeuses du Bourges 18 (Régional 1).

Mon premier souvenir sportif

« Mon premier entraînement de foot ! J’avais des chaussures de foot, j’avais des ballons. Je joue depuis que je peux marcher. Je pense que ma mère n’en pouvait plus de me voir jouer au ballon dans la maison. Je voulais aller m’entraîner, d’autant plus que le stade était en face de chez moi, à Nançay. Mais je n’avais pas l’âge. Le jour où ils m’ont dit que j’avais l’âge, j’étais la plus heureuse du monde. Libérée, délivrée ce jour-là (rires). »

Mon meilleur souvenir sportif

« En tant que joueuse, je citerais d’abord la victoire en coupe nationale cadettes avec la sélection du Centre en 1994. On était la petite ligue que personne n’attendait, on avait fini dernier ou avant-dernier les années d’avant. On sort des poules puis on va jouer des grosses ligues, comme l’Alsace là-bas, ou le Rhône-Alpes en finale. Et on gagne aux tirs au but sur un pari qu’avait fait Bruno Bini, notre coach à l’époque, de prendre un groupe avec une majorité de cadettes première année. Il considérait qu’on était une génération talentueuse, et il nous a emmenées au bout, donc il ne devait pas avoir tort (rires). C’est un super souvenir, c’était en lever de rideau d’un match de l’équipe de France féminine qui jouait un match de qualification pour les JO contre l’Italie. L’autre souvenir, c’est la montée avec les filles du FC Bourges. J’allais arrêter le foot puis Madame Sachet m’a appelé pour rejoindre le projet. Je me suis tâtée puis en octobre, j’ai décidé d’y aller. Puis il y avait la création d’une D3, on a dû jouer un barrage. On s’est déplacée à Arpajon-sur-Cère à 10, on perdait 0-3 à la mi-temps, et on gagne 4-3 ! Un truc de fou ! Puis au retour, on gagne chez nous 2-0. On avait une très belle équipe, sur le plan humain et point de vue football.

En tant que coache, je dirais la victoire avec le Bourges 18 contre le Clermont Foot (3-1 en 64e de finale de Coupe de France en décembre 2016, NDLR). Elle est belle, nette, sans bavure. Rien à dire, on a fait le match parfait contre une D2, malgré une semaine compliquée car on avait plein d’incertitudes. »

Mon pire souvenir sportif

« Mes blessures. Je me suis blessée jeune à 15 et 17 ans, rupture des ligaments croisés du genou à chaque fois. Alors que s’offrait à moi une carrière qui aurait pu être plutôt bonne, même si on ne sait jamais… J’avais des qualités, je jouais en D1 à 15 ans (avec Orléans, NDLR). Puis première blessure, tu reviens, une deuxième. C’est dur psychologiquement et physiquement. Ça brise ton rêve alors que tu vois les autres continuer. J’ai des copines de ma génération comme Sarah M’Barek qui ont joué pendant des années en D1. »

Mon idole

« J’adore Zidane, et je l’ai toujours adoré. Sans être fanatique, j’aime beaucoup les Girondins de Bordeaux. Et j’ai des souvenirs de lui avec les Girondins, avec ce match contre le Milan AC (3-0 en quart de finale retour de Coupe de l’UEFA 1996, NDLR). C’était un super joueur, et il a, pour toutes ses qualités, beaucoup d’humilité. De toute façon, ce n’était pas un joueur de foot, c’était un artiste ! Et quand on voit ce qu’il fait et propose en tant qu’entraîneur… »

Mon moment de sport préféré

« C’est compliqué… Pour les émotions que ça m’avait procuré, je reviendrais bien sur ce quart de finale entre Bordeaux et Milan. J’étais jeune et j’étais comme une folle, j’ai couru dans le salon. Ma mère me disait ‘’mais ça ne va pas !’’. En plus, à l’époque, j’aurais normalement dû être au lit, on m’avait laissé regarder… »

Mon rêve de sportive

« J’aurais aimé ne pas être stoppée par ces blessures, pour voir ce que ça aurait pu donner, pour voir si mon potentiel présumé aurait pu m’amener à quelque chose. J’ai joué en D1, en D2, en D3, je ne peux pas dire que je suis passée à côté. J’ai connu le haut niveau, peut-être pas assez à mon goût. »

Ma belle rencontre dans le sport

« C’est difficile d’en ressortir une seule. Parmi celles et ceux avec qui j’ai joué, pas mal sont devenus des amis et ont été de super rencontres. Je parlais de Sarah M’Barak, c’est une amie de 25 ans. Ça a contribué à devenir la personne que je suis, ce sont des gens avec des valeurs. J’ai aussi rencontré des entraîneurs extra… Si je devais sortir deux personnes, ce serait celles qui m’ont donné envie d’entraîner très jeune de par leur façon de faire. Tout d’abord mon père, car ça a été un de mes premiers entraîneurs, et j’aimais regarder ce qu’il faisait, ce qu’il préparait. Puis Bruno Bini, car j’ai adoré ce qu’il proposait, comment il le proposait. Humainement, il m’a donné envie de transmettre et de faire pour les autres. Il a un côté qu’on ne retrouve pas chez beaucoup d’entraîneur, il a un côté poétique. Bruno, avant le match, il te raconte une histoire. Il m’a appris une chose essentielle, c’est qu’une équipe, c’est avant tout la vie de groupe. »

Ce que le sport m’a appris sur moi-même

« Dans le sport comme dans la vie, si tu n’as pas toujours ce que tu mérites, il faut quand même que tu travailles. Des fois, tu as l’impression que tu as donné beaucoup de choses sans en récolter les fruits, mais globalement, on a souvent ce que l’on mérite. Puis ce que j’ai appris du sport collectif, c’est que tout seul, tu n’es pas grand-chose. C’est au travers des autres que tu peux aller puiser de la confiance et la force de se dépasser. »

Propos recueillis par Nicolas Werquin

Source, Le Berry Républicain

Crédit Photo: Guillaume Blanc